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Publié le 10/06/2021

TRIBUNE | Échec des négociations sur la PAC : une navigation à vue…

Christiane LAMBERT, présidente FNSEA

Les négociateurs européens du Parlement, du Conseil des ministres et de la Commission se sont séparés sur un échec après trois jours et demi de négociations sur la future Politique Agricole Commune.

Cet échec n’est pas qu’un « report de plus » dans une négociation si longue qu’elle a déjà provoqué le décalage de deux ans du démarrage de cette nouvelle PAC. Il marque une déconnexion entre la ligne directrice du Parlement rejointe par la Commission et les agriculteurs européens.

La dimension environnementale a été le point de blocage des discussions. Le Parlement souhaitait aller plus loin que la proposition sur la table et relever encore la marche à franchir par les agriculteurs. Dans des discours médiatiques faciles, certains négociateurs ont pris le parti de stigmatiser le manque d’ambition environnementale du projet. C’est regrettable. Car en agissant ainsi, ils décrédibilisent le projet de réforme qui porte pourtant une ambition forte sur l’environnement. La future PAC soumettra en effet un quart (chiffre encore en négociation) des aides du premier pilier versées à des pratiques vertueuses. Un quart qui s’ajoute au tiers des aides déjà conditionnées par les précédentes réformes de la PAC ! Un quart qui ne sera tout simplement plus versé à l’agriculteur qui n’atteint pas ses objectifs ! À méditer quand on sait que les aides européennes représentent plus que le revenu d’un producteur de céréales ou d’un éleveur de viande bovine…

On en vient même à se demander si certains, pour pousser encore le bouchon, ne souhaitent pas l’échec total de la réforme, pour repartir sur un nouveau projet de PAC qui devienne la traduction opérationnelle des stratégies « farm to fork » et « biodiversité ». Des stratégies qui fixent des objectifs (réduction de 50 % des pesticides chimiques, baisse de 20 % des engrais en 2030, transformation de 30 % des terres en zones protégées…) encore plus élevés. Mais surtout des stratégies qui n’ont fait l’objet d’aucune étude d’impact, pour mesurer leurs effets sur la production agricole européenne ou sur la souveraineté alimentaire européenne !

Alors que nous travaillons au quotidien pour répondre aux enjeux environnementaux, pour traduire une transition écologique en essayant de vivre de notre métier, nous sommes atterrés de cette déconnexion. Il ne peut y avoir d’un côté quelques décideurs éclairés et de l’autre des agriculteurs entêtés. Espérons que les négociations de fin juin remettent un peu de bon sens et permettent de faire rejaillir l’intérêt général qui nécessite un équilibre dans les décisions.

À force de naviguer à vue, sans boussole, sans tableau de bord, l’Europe prend le risque de perdre au propre comme au figuré ses agriculteurs.


Par Christiane Lambert, présidente FNSEA