
L’élevage français doit rétablir des vérités
13 mai 2026Plusieurs retenues d’eau de la vallée de la Boutonne et du Mellois, dans les Deux-Sèvres et la Vienne ont été, une nouvelle fois, la cible de dégradations volontaires. Ce sabotage, perpétré dans la nuit du 6 au 7 mai, n’est ni un acte militant courageux, ni une quelconque désobéissance civile romantique. C’est un vandalisme méthodique, assumé, dirigé contre des outils de travail agricoles, contre des territoires ruraux déjà fragilisés et, au fond, contre l’intérêt collectif lui- même.
Il faut appeler les choses par leur nom. Dégrader une infrastructure hydraulique, sectionner des équipements, vider des installations ou empêcher leur fonctionnement, comme ces activistes radicaux ont pu le faire à Sainte-Soline et ailleurs, ce n’est pas « défendre l’eau ». C’est gaspiller des investissements publics et privés considérables, menacer des exploitations familiales et fragiliser la capacité de production alimentaire d’un pays qui exige pourtant toujours plus de souveraineté agricole.
Les réserves de substitution ne sont pas des caprices d’agriculteurs. Elles répondent à une réalité climatique incontestable : alternance de sécheresses longues, hivers plus irréguliers, tensions estivales accrues sur les milieux naturels.
Stocker une partie de l’eau en période excédentaire pour éviter des prélèvements en pleine sécheresse relève d’une logique d’adaptation, pas d’un pillage organisé. On peut débattre des volumes, des règles de gestion, des modèles agricoles associés. Soit, mais le débat démocratique cesse là où commence la destruction.
Car ce vandalisme frappe d’abord les agriculteurs eux-mêmes. Derrière chaque retenue autorisée et attaquée, il y a des exploitants qui ont investi, souvent lourdement, dans des projets encadrés, contrôlés et soumis à des procédures interminables. Il y a des femmes et des hommes qui cherchent simplement à sécuriser leurs cultures, maintenir des emplois, produire du fourrage, des légumes ou des semences et à vivre de leur métier. Les condamner à l’incertitude permanente, c’est accélérer la disparition d’exploitations déjà soumises à une pression économique et climatique extrême.
Les saboteurs se trompent de combat. En s’attaquant à des ouvrages de stockage, ils aggravent précisément ce qu’ils prétendent dénoncer. Sans gestion de l’eau, les crises estivales deviennent plus brutales, les conflits d’usage plus violents, les importations agricoles plus importantes et les territoires ruraux plus dépendants. Détruire des retenues ne fera pas revenir la pluie ; cela rendra seulement l’adaptation plus difficile pour tous.
Enfin, cette radicalité dessert la cause environnementale elle-même. Quand le débat bascule dans l’intimidation et la casse, il nourrit la défiance, bloque le dialogue scientifique et fracture davantage un monde rural déjà épuisé par les caricatures. Que dire de l’aveuglement idéologique qui dessert la propre cause de ces saboteurs ! La transition agricole ne se construira ni avec des boulons arrachés ni avec des infrastructures sabotées, mais avec des compromis, de l’innovation et du respect mutuel.
Nous ne pouvons plus accepter que le travail de milliers de familles soit sacrifié sur l’autel d’une radicalité stérile. La souveraineté de notre pays ne peut être l’otage de quelques porteurs de cutters nocturnes. La justice doit passer, avec une rigueur implacable, pour que la sérénité revienne enfin dans nos campagnes.
Hervé Lapie, Secrétaire Général de la FNSEA



