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Evénements


Evénement
Publié le 20/03/2020

Le stockage de l’eau : comment ça marche ?

 

"Les retenues collinaires : une solution pour irriguer plus en Champagne ?" était le thème de l’assemblée générale d’Agreau cette année. À cette occasion, Benoît Louchard, spécialiste irrigation et de la création des retenues collinaires à la Chambre d’Agriculture du Loiret est intervenu sur le sujet.

Quels intérêts de stocker de l’eau ?

La création d’une retenue permet de stocker de l’eau en période excédentaire pour l’utiliser en période déficitaire à l’étiage. Pour Benoît Louchard, "l’intérêt d’un stockage d’eau doit être partagé entre tous les acteurs de ce besoin. Il doit viser à répondre aux attentes sociétales mais également aux enjeux agricoles".

Les intérêts d’un stockage d’eau sont multiples : optimiser l’usage de la ressource, garantir l’accès à l’eau, sécuriser les productions fourragères, diversification de l’assolement, productions agricoles de qualité, etc.

Le stockage hivernal permet ainsi de réduire la pression sur le milieu en période d’étiage. Il garantie également un certain volume disponible quelles que soient les conditions et ainsi sécuriser l’approvisionnement en eau pour certaines cultures.

Et dans certains cas, le stockage créer de la ressource. Tous les volumes stockés le sont en cohérence avec le volume prélevable défini sur le territoire par le SAGE ou l’administration.

En cas de gestion volumétrique par bassin, l’eau stockée ne compte pas au même titre que l’eau pompée dans les nappes l’été.

Les types de stockages

Trois types de retenues sont autorisés : la retenue collinaire (alimentée par les eaux de drainage et/ou les eaux de ruissellement), la retenue alimentée par des prélèvements en nappe souterraine et la retenue avec alimentation par un cours d’eau déconnectable.

A contrario, certains types de stockages sont interdits, il s’agit des retenues non déconnectables du milieu naturel : la retenue en travers d’un cours d’eau, la retenue non déconnectée de la nappe alluviale et la retenue avec dérivation directe d’un cours d’eau (sans seuil).

Les étapes d’un projet de stockage

Le projet de création d’un stockage d’eau nécessite plusieurs étapes :

Cerner le projet : projet individuel ou collectif, les volumes nécessaires, évolution de l’assolement, les objectifs de stockage (substitution, création de ressource), origine de la ressource, volume disponible ;

Choisir le site (topographie, perméabilité du sol, proximité avec le réseau électrique et les parcelles à irriguer, etc.) ;

Evaluer la faisabilité sur les plans juridiques, économique et technique ;

Constitution d’un dossier loi sur l’eau à déclaration (délais de 3 à 6 mois) ou à autorisation (délais minimums de 9 mois) puis dépôt du dossier à la DDT. Dans le cadre d’une procédure à autorisation, des enquêtes administratives et publique sont faites puis le CODERST donne également son avis sur le projet ;

Décision du préfet : accord ou refus.

L’implantation d’une retenue collinaire n’est pas neutre pour son environnement. Son impact peut être positif ou néfaste si l’on n’y prend pas garde. C’est pourquoi, une étude d’impact environnementale est demandée.

La création d’un stockage d’eau peut être une solution pour répondre aux aléas et aux tendances dévolution climatique. Le stockage hivernal de l’eau peut permettre de réduire le prélèvement l’été et ainsi préserver les débits d’étiage.

Le stockage de l’eau permet également de créer de la valeur ajoutée avec le maintien et le développement de filières spécialisées.

 

Elections du tiers sortant

Les adhérents d’Agreau ont procédé à la réélection du tiers sortant. Bertrand Gomard (bassin de la Vesle), Bertrand Gournail (bassin de la Suippes), Alain Boynard (bassin du Perthois) et Louis-Marie Royer (bassin de la Superbe) ont été réélus pour trois ans. Victor Kandel a été élu sur le corridor de la Marne pour remplacer Thierry Alips. Bertrand Gomard, président d’Agreau 51 a tenu à remercier ce dernier pour son implication au sein de l’association et du conseil d’administration depuis sa création en 2010.

 

Quelques chiffres sur le stockage de l'eau

Suivant la taille du projet et la quantité d’eau prélevée, il faudra déposer un dossier loi sur l’eau à « déclaration » ou à « autorisation » à la DDT. Les seuils sont les suivants.

  • Prélèvement en cours d’eau, nappe alluviale ou plan d’eau :
    - 400 m3/h ou 2 % du débit : dossier à « déclaration » ;
    - 1 000 m3/h ou 5 % du débit : dossier à « autorisation ».
  • Superficie du miroir d’eau :
    - 0,1 ha : dossier à « déclaration » ;
    - 3 ha : dossier à « autorisation ».
  • Prix estimatif d’un projet :
    - 5 € par m3 sur liner ;
    - 2,90 € par m3 sur fond d’argile pour une réserve de 50 000 m3.
 
Bertrand Gomard, président
AGREAU 51

Faut-il stocker l'eau dans la Marne ?

Un stockage de l’eau version XXL existe déjà dans la Marne et fonctionne très bien : c’est le lac du Der. Avec ses 350 millions de m3, cette retenue construite pour écrêter les crues de la Marne et de la Seine et soutenir leur étiage joue un rôle fondamental de régulation des masses d’eaux sur un immense bassin de vie de Vitry à Paris.

En maintenant un niveau d’eau stable dans la nappe d’accompagnement, les irrigants situés dans ces zones appelées corridors bénéficient alors d’une ressource non limitante même lors d’une sécheresse forte comme celle de l’été 2019.

En plaine de craie la situation est plus délicate et le niveau des nappes fait le yoyo entre hivers à forte recharge, comme celui dont nous sortons, et des sécheresses estivales qui seront probablement de plus en plus marquées, occasionnant des étiages sévères sur nos petits cours d’eau.

En irrigation, les volumes prélevés restent cependant très raisonnables s’ils sont comparés à la productivité des nappes. Une étude sur la ressource en eau à l’échelle du département se profile et devra nous apporter des réponses sur les possibilités de développement de l’irrigation.

Cependant, face à une administration de plus en plus frileuse pour autoriser de nouveaux ouvrages, certains irrigants commencent à réfléchir à la création de retenues collinaires.

Je pense que le stockage de l’eau pourra être une des solutions pour prélever davantage dans certains secteurs s’ils sont réellement avérés en tension, mais je n’imagine pas un déploiement à grande échelle de ce type d’ouvrage pour les raisons suivantes : tout d’abord, notre nappe de craie est loin d’être surexploitée dans une grande partie du département.

Ensuite, la question du remplissage doit être bien étudiée, surtout si le projet est situé en tête de bassin et que la rivière à proximité ne coule que quelques mois certaines années.

Le remplissage avec l’eau des corridors ou en fond de bassin me paraît en revanche très pertinent mais nécessite des kilomètres de canalisations pour remonter l’eau.


Par Mathilde Fournier, Animatrice Agreau