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Evénement
Publié le 13/09/2012

Compétitivité de l’agriculture : fiscalité, normes et grande distribution dans le collimateur

Lors de la conférence FDSEA/ Crédit Agricole à la foire de Châlons, Xavier Beulin, Charles De Courson et Dominique Dutartre ont débattu sur la compétitivité de notre agriculture. Des solutions économiques et fiscales existent, reste la volonté politique et des filières de les appliquer.

De gauche à droite : Dominique Dutartre, président du pôle de compétitivité
Agroressources et directeur général adjoint de Vivescia, Xavier Beulin, président
de la FNSEA, Dominique Lebrun, animateur de la table ronde et
Charles de Courson, député de la Marne, rapporteur spécial des politiques de
l’Agriculture pour la Commission des Finances.
Devant une salle comble, avec près de 400 participants, Xavier Beulin, Charles De Courson et Dominique Dutartre étaient invités par la FDSEA et le Crédit Agricole du Nord-Est à débattre d’un sujet économique d’actualité : "Agriculture française, une compétitivité à réinventer ?".

De gauche à droite : Dominique Dutartre, président du pôle de compétitivité Agroressources et directeur général adjoint de Vivescia, Xavier Beulin, président de la FNSEA, Dominique Lebrun, animateur de la table ronde et Charles de Courson, député de la Marne, rapporteur spécial des politiques de l’Agriculture pour la Commission des Finances.

Les trois intervenants sont unanimes : il est clair que notre agriculture a perdu des parts de marché au sein de l’Europe et hors de l’Europe. Cinq facteurs majeurs de ce déclin ont été passés au crible et des solutions proposées.

Alléger la fiscalité et les normes

Sans surprise, le coût de la main d’oeuvre est cité en premier. Les chiffres sont éloquents : le coût de l’heure de travail est de 11 € en France contre 5,5 € en Allemagne ! Le système de la TVA sociale proposé par l’ancien gouvernement permettait d’alléger ce coût.

"C’était un double cliquet intéressant pour notre secteur agricole" considère Xavier Beulin. Il n’est plus à l’ordre du jour. Xavier Beulin souhaite qu’il soit étudié au moins pour certains secteurs d’activité. Sont évoqués ensuite les problèmes fiscaux.

Selon Xavier Beulin, il est urgent de rénover le système de la DPA (Déduction pour Aléas). Elle doit être étendue à tous les aléas y compris la hausse des charges qui sont de plus en plus volatiles. Il faut la délier de l’obligation de souscrire une assurance récolte sur l’ensemble de l’exploitation.

Il faut plaider également pour une déduction permettant de gérer sur une plus grande période. Lors de son entrevue récente avec François Hollande, Xavier Beulin a évoqué ce sujet.

Pour Charles de Courson, il faut supprimer purement et simplement la taxe sur le foncier non bâti "un système archaïque qu’on doit réformer depuis 1917 !". Les normes franco-françaises qui vont au delà des normes européennes "au nom des sacrosaints principes de précaution" entravent également la compétitivité des exploitations, dénonce Xavier Beulin. "En France, on anticipe toujours par rapport aux autres pays !".

Renforcer la recherche et l’innovation

En matière de recherche et d’innovation, les trois intervenants regrettent le manque de moyens. "L’hétérogénéité de l’agriculture française est une grande chance pour accroître sa compétitivité et l’innovation permet de renforcer une compétitivité offensive", estime le président de la FNSEA.

Charles de Courson enfourche son cheval de bataille sur la question des OGM. "C’est absurde, en France, on interdit la culture d’OGM, mais on tolère l’importation. Ayons le courage politique d’accepter l’expérimentation sur ce sujet".

Il regrette amèrement que seuls 23 députés et sénateurs sur 930 aient eu le courage de voter en 2004 contre l’incorporation de la charte de l’environnement dans la constitution française. Résultat des courses, la recherche française privée se délocalise.

Les trois hommes s’accordent à dire que la France a freiné le développement de certaines nouvelles énergies, notamment la production de biocarburants et la méthanisation. Sur ce dernier point, Charles de Courson situe notre retard par rapport à l’Allemagne de 1 à 40 voire 50.

Et Dominique Dutartre de renchérir : "on a raté le virage des nouvelles énergies". Il rappelle le formidable espoir pour l’avenir de nos productions et de nos outils agro-industriels que représentent les recherches effectuées par le pôle de compétitivité dans le domaine de la chimie verte.

À n’en pas douter, il y a toutes les raisons d’être optimiste avec un pôle reconnu aujourd’hui à l’échelle mondiale, de nouveaux partenariats avec les États-Unis et des Grandes Écoles qui implantent des antennes sur le site de Pomacle Bazancourt.

Haro sur la grande distribution

Autre facteur qui pèse lourdement sur la compétitivité, c’est la structuration de la distribution en France. Quatre centrales d’achat représentent à elles seules les deux tiers de la distribution. "Il faut décartéliser la grande distribution" affirme Charles de Courson.

Depuis 30 ans, les grands gagnants, ce sont les consommateurs. Les prix des produits alimentaires ont beaucoup baissé en euros constants. Les industriels ont vu leurs marges chuter de 10 points de valeur ajoutée en 15 ans. Tout cela au profit de la grande distribution qui a contribué à détourner la richesse des producteurs vers les consommateurs.

Le bon exemple est celui du vignoble champenois qui a su garder un un tiers de la valeur de la bouteille dans le prix du raisin. "Il faut limiter la part de la grande distribution dans le marché sinon il n’y a plus d’économie de marché" explique le député. Dominique Dutartre rappelle que c’est la raison pour laquelle les coopératives sont obligées de se regrouper de plus en plus pour peser suffisamment face aux acheteurs, tout en gardant une relation de proximité avec les adhérents.

Xavier Beulin souhaite entamer un travail de fond entre producteurs, transformateurs et distributeurs sur le marketing des produits et leurs emballages. "Un produit alimentaire, c’est d’abord un produit agricole. Aujourd’hui les coûts de l’emballage et du marketing sont plus importants que la matière première !" déplore-t-il.

Pour soutenir les exploitations agricoles et leurs filières, Xavier Beulin suggère que l’on identifie un pôle agricole et agro alimentaire dans la sphère de la Banque d’Investissement. Et que l’on arrête d’opposer l’agriculture de proximité et l’agriculture d’exportation. Pour lui, tout le monde a sa place. "La croissance de la France ne se relance pas que par la consommation. Elle vient aussi de la production made in France" !

Verdissement de la PAC, une opportunité ?

Au chapitre de la future PAC, Xavier Beulin rappelle qu’il faut maintenir le budget. A la question du verdissement, il répond qu’il ne va pas handicaper les agriculteurs français par rapport à leurs voisins mais à condition que ceux-ci soient rémunérés pour ça. "Ne faisons pas de la PAC un paravent qui nous éviterait de traiter les vrais sujets".

Le président de la FNSEA souhaite une prise en compte de la gestion des risques sanitaires, climatiques et économiques. L’agriculture française doit regagner en compétitivité mais il faut retrouver de l’équilibre entre les producteurs et les autres acteurs des filières. Il va falloir également repenser les relations contractuelles entre filières à moyen et long terme pour sécuriser les prix de l’alimentation animale.

Xavier Beulin salue la création d’un fond de solidarité par les céréaliers en faveur des éleveurs pour améliorer durablement la compétitivité des exploitations d’élevage.

Charles de Courson estime que "les DPU sont difficiles à légitimer économiquement quand les prix des produits agricoles s’envolent. Le verdissement de la PAC permet de donner un fondement environnemental". Selon le député, quand les marchés le permettent, il faudrait prendre une partie des aides directes pour soutenir l’investissement, l’innovation et certaines filières en particulier.

Pour Dominique Dutartre, l’agronome qui a vécu l’évolution de l’agriculture marnaise, le verdissement de la PAC peut être vu comme un atout complémentaire qui peut contribuer à développer une agriculture moderne, plus économe en intrants, moins dépendante des énergies fossiles et facteur de biodiversité.

"Après la 2ème guerre Mondiale, les agriculteurs français et leurs organisations professionnelles ont répondu à la demande de la société qui était de nourrir la population. Aujourd’hui la société a d’autres attentes notamment au niveau environnemental. Nous avons les atouts pour développer une agriculture durable et une agronomie positive".

Une conférence riche en analyses et propositions de la part de trois intervenants qui n’ont pas failli à leur réputation, celle de ne pas manier la langue de bois !

Carole Meilleur, responsable communication groupe FDSEA 51
cmeilleur@fdsea51.fr