C’est l’histoire d’une installation en milieu rural, reconversion réussie après le passage par la case licenciement. C’est aussi l’illustration d’un accompagnement conseil proposé par FDSEA Conseil.
Si vous passez à Saint-Martin l’Heureux, arrêtez-vous à la ferme de Saint-Martin chez M. Pierot Eric. Il vous accueillera le vendredi et le samedi matin dans son magasin de vente attenant à son laboratoire de découpe tout nouvellement créé en Septembre 2009.
À moins que vous ne l’ayez déjà rencontré au dernier marché de Noël à Mourmelon ou que vous ayez eu l’occasion d’acheter sa charcuterie artisanale garantie sans conservateur, sans colorant, sans additif ou ses bocaux à Sainte-Ménehould chez M. et Mme Dannequin
"La ferme du Moulin" dépositaire de produits locaux. Sachez aussi que la Cueillette de Muizon l’a contacté pour proposer ses produits dans ses locaux.
Depuis avril 2009, M. Pierot s’est installé agriculteur et depuis septembre transformateur des porcs qu’il élève. Vous pouvez, depuis cette date, passer commande d’un porc entier
(viande charcuterie, cochonnaille) d’un demi, d’un quart de porc ou de caissettes
(5,10 ou 15 kg) ; vous pouvez également en fin de semaine acheter au détail la viande ou la charcuterie des porcs abattus le lundi.
C’est la concrétisation d’une passion
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| De l'élevage... |
Ce n’est pas tant l’élevage que la transformation du produit qui intéresse M. Pierot. Tout petit déjà, il était
"passionné par ce qui se passait dans la cuisine".
Les circonstances, plus qu’une réelle volonté, ont voulu qu’avec son CAP de boucher charcutier il travaille durant 27 ans comme salarié aux abattoirs de Reims fermés par le dernier propriétaire les Etablissements Bigard.
Licencié en septembre 2008 et n’ayant aucune offre d’emploi, il envisage alors de créer sa propre entreprise. Des visites dans des structures similaires à celle qu’il veut monter conforte son projet.
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| ... à la transformation |
Des opportunités se présentent : il peut utiliser les bâtiments de l’ancienne ferme de ses grands parents maternels, la porcherie d’un éleveur est à louer à 3 km, et il voit monter une demande croissante de produits du terroir.
Et il s’impose à présent une exigence : pour proposer une viande de qualité ou faire de la bonne charcuterie
"il faut bien maîtriser le produit de départ". C’est pour cela qu’il élève lui-même les animaux qu’il transforme.
La Ferme de Saint-Martin a ouvert ses portes en Septembre 2009
Même si, pour l’instant, n’ayant pas encore pu se verser de salaire, il ne crie pas victoire, Eric est sans regret quand il pense à son ancien métier,
"des conditions de travail très dures".
Il fait preuve de beaucoup de prudence, attendant de connaître la consommation au printemps avec l’utilisation des barbecues et la vente de grillades, chipolatas, saucisses, boudins, etc.
Il souhaite bien maîtriser cette phase d’adaptation pour trouver la vitesse de croisière qui lui permettra de vivre à deux, avec son épouse, sur l’entreprise.
La bataille de la création d'entreprise
Avec l’appui de son épouse, faisant elle aussi partie du plan de licenciement, et de son père, il se lance dans la création de son entreprise. De très nombreux contacts, réunions, coups de téléphone ont été nécessaires pour mettre en place le projet ; et toutes ces démarches l’ont mobilisé pendant 6 mois "il fallait des tonnes de papier, et toutes les démarches furent très longues !", avec l’inquiétude d’en oublier une, et celle de ne pas respecter les délais.
En effet, tout devait être prêt pour Septembre 2009, 1 an après son licenciement, s’il voulait toucher l’aide de la cellule de reclassement. C’est tout d’abord à la Chambre d’agriculture qu’il se renseigne auprès du service "diversification". Puis très vite il est orienté vers les services vétérinaires, incontournables dans ce type de projet et qui exposent toutes les contraintes liées à la réalisation: "là, il a surtout fallu ne pas se décourager !".
Mais avec le recul il reconnaît le sérieux de ses interlocuteurs qui évitent ainsi peut-être les installations hasardeuses. Enfin, la Chambre d’agriculture lui parle d’éventuelle installation en société, et lui indique l’Adasea, comme interlocuteur plus "agricole". Des entreprises sont contactées et des devis sont également établis à ce moment-là afin de cerner le coût de l’installation.
On n'est pas dans du conseil standardisé...
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Matthieu Herrewyn, conseiller
d’entreprise FDSEA Conseil. |
"Ce type de dossier est intéressant, parce qu’on est en face d’un porteur de projet, extrêmement motivé, et dans le cadre d’une reconversion. C’est le sentiment d’être partie prenante du projet, non pour décider de ce qui doit être fait, mais pour apporter les éléments juridiques, fiscaux, ou les outils de suivi financier, qui permettront la réalisation optimale de ce que souhaite le client.
Par ailleurs, on sort un peu des sentiers battus, de dossiers purement agricoles, et pour un conseiller, ça évite la routine ! C’est un bon travail d’optimisation, notamment au niveau de financements spécifiques.
Pour la partie commerciale aussi, maintenant qu’avec la réforme des professions comptables, nous suivons de plus en plus de PME et TPME. Actuellement, c’est encore la période de démarrage, et le suivi est indispensable. M. Pierot rencontre souvent le comptable conseil d’AS Entreprises. Il est passé d’un statut de salarié à celui de chef d’entreprise : il faut un peu de temps pour apprendre les rudiments de la comptabilité, ou de la fiscalité.
Il sera sûrement nécessaire de repenser les choix de départ : pourquoi pas une société commerciale ? , des problèmes de main-d’oeuvre vont peut-être se poser ? autant de sujets qu’il vaut mieux anticiper avec un conseiller d’entreprise".
FDSEA Conseil pour "accompagner" le projet
Ensuite, direction le centre de gestion : "la rencontre avec M. Herrewyn a permis de rassembler toutes les idées et mettre des chiffres sur tout cela". Il fallait, en effet, à ce stade du projet, trouver les financements. Et pour en bénéficier, il a fallu présenter un exposé détaillé du projet, un budget prévisionnel, un plan de financement ou un compte d’exploitation prévisionnel.
Autant d’éléments fournis par le conseiller d’entreprise, qui dans son accompagnement, n’a oublié aucun des financements possibles, depuis les banques jusqu’aux différentes aides : celle d’abord de la région dans le cadre de la diversification en milieu rural (la plus conséquente), celle ensuite de la cellule de reclassement pour les salariés licenciés qui créent leur entreprise et enfin celle de l’AGEFIPH, association destinée à favoriser les initiatives des personnes handicapées qui créent leur entreprise - Eric est partiellement handicapé, du fait d’une surdité de naissance -. En passant par des financements très intéressants : un prêt en 5 ans à 0% de Reims initiative et un autre du Département, également à 0%, destiné au financement du matériel. "Un chiffrage indispensable, il ne faut rien oublier, quand on sait que les aides, elles, arrivent des mois après !".
Il a fallu aussi cerner la forme juridique la plus appropriée pour cette installation. Parallèlement, M. Pierot, son plan de financement en poche, a multiplié les démarches pour optimiser le coût des investissements, "on partait de rien, pas question de tout acheter neuf !" : des déplacements dans le Var, en Touraine, dans le Nord voire jusqu’en Allemagne, ou des contacts trouvés sur Internet, tout a été mis en oeuvre pour trouver du matériel d’occasion. Il a préféré privilégier le neuf pour les investissements les plus importants, comme l’autoclave (17 000 € TTC neuf) qui lui permet de maîtriser la chaîne de production.