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Actualités du groupe


Actualité du groupe
Publié le 08/03/2010

Pour sauver la planète, sauvons les paysans !

Sylvie Brunel est géographe, ancienne
présidente d’Action contre la faim,
professeur des universités à
Paris-Sorbonne, directrice du master
professionnel mondialisation et
développement durable. Son dernier
livre s’intitule "Nourrir le monde, vaincre
la faim" (Larousse, 2009).
Aujourd’hui les revenus des agriculteurs français sont en chute libre. Beaucoup d’entre eux, éleveurs, producteurs de lait ou de fruits et légumes, se trouvent dans une situation désespérée : endettés, parvenant à peine à se rémunérer. Ceux qui ne renoncent pas travaillent avec le sentiment d’avoir été grugés.

Pendant des années, on leur a demandé d’investir, de respecter un cahier des charges de plus en plus contraignant. Ils l’ont fait. Et ils se retrouvent assommés sous les contraintes, la paperasserie, les contrôles, étranglés par la grande distribution. De véritables soutiers.

Leur rôle était, pensait-il, de nourrir la France, d’assurer son rayonnement à l’étranger, par des produits de qualité, prestigieux et enviés partout dans le monde.

Pendant des décennies, la France a respecté le pacte conclu envers ses paysans : produisez, soyez performants, assurez notre richesse et nos exportations, et en retour, nous vous soutiendrons, nous vous protégerons. Car nous avons besoin de vous.

Et voilà qu’après avoir été les sauveurs de la nation, les paysans se voient aujourd’hui accusés d’en être les fossoyeurs : vous coûtez trop cher, vous polluez, vous nous empoisonnez avec vos produits industriels et votre agriculture productiviste, vous saccagez la nature, vous empoisonnez les eaux, tel est le discours ambiant à leur sujet. On les regarde avec défiance.

Plus grave encore, il semble que leur mort sociale soit programmée : seuls resteront les plus habiles et les plus performants. Pourtant, et il est urgent d’en prendre conscience surtout après l’échec de Copenhague, le monde agricole est le garant d’un véritable développement durable.

D’abord, et c’est le plus évident, parce qu’il produit la nourriture que nous consommons, une nourriture à la fois plus diversifiée et plus saine que jamais. On oublie trop souvent la monotonie des régimes alimentaires passés, le nombre de maladies liées à l’alimentation.

Si l’espérance de vie des Français et leur taille se sont tant accrues en cinquante ans, ce n’est pas seulement grâce à l’hygiène et à la médecine : c’est d’abord par la qualité de leurs produits alimentaires. A l’heure où il faudra doubler la production alimentaire mondiale d’ici un demi-siècle, pour répondre aux défis de la croissance démographique et urbaine, nous avons besoin d’une agriculture nourricière, variée, efficace, mais aussi d’une agriculture qui soit écologiquement intensive.

Les paysans aujourd’hui sont pleinement conscients de la nécessité de mettre en oeuvre des techniques agricoles qui concilient respect de l’environnement et performance. La consommation d’engrais a été divisée par dix en dix ans. Des bandes enherbées longent les cours d’eau.

Après avoir produit beaucoup parce que l’Europe avait faim et dépendait de l’extérieur pour se nourrir, leur préoccupation est aujourd’hui d’identifier, sur tous les territoires, les meilleurs moyens de répondre à la demande tout en préservant l’avenir. Et leur santé, car eux-mêmes ont payé un lourd tribut au productivisme. Il faut être attentif à leurs efforts et les encourager, au lieu de les mettre en accusation.

Pourquoi ? Parce que cette nature que les citadins aiment tant est le produit de sociétés paysannes, qui ont entretenu les chemins, ouvert les espaces inaccessibles, débroussaillé, planté, sélectionné. Les espaces verts sont d’abord des espaces agricoles. Pas un paysage en France qui n’ait été façonné par des paysans.

Livrez la nature à elle-même : vous n’y mettrez plus les pieds ! Ronces, taillis, genêts, orties envahissent tout. La diversité et la beauté de la France, notre pays les doit à des siècles de tradition agraire. Il faut désormais réconcilier les citadins et les paysans. Et plus encore les néoruraux et les paysans, car les premiers ne comprennent pas les contraintes des seconds... et, parfois aussi, les seconds manifestent de façon trop perceptible leur hostilité aux premiers !

Mais ce n’est pas tout. Si l’agriculture détient les clés du développement durable, c’est aussi parce qu’elle produit des ressources renouvelables dont les usages sont innombrables, dans tous les domaines. Aujourd’hui, seule une petite quantité du blé sert à faire du pain. Et il existe plus de 1 500 utilisations pour un épi de maïs ! Qu’il s’agisse des emballages, des colles, des carburants, la demande et les débouchés sont infinis pour l’agriculture et permettent de remplacer les énergies fossiles.
 
Terminons par ce qui préoccupe le plus la communauté internationale : les gaz à effet de serre. Nous dépensons des sommes considérables pour limiter nos rejets d’oxyde de carbone, lorgnons vers les forêts tropicales comme si elles seules pouvaient sauver la planète.

Sait-on que, dans le calcul de l’empreinte écologique, un champ cultivé séquestre plus de CO2 qu’une forêt ? Et une prairie autant ? Il ne s’agit évidemment pas de défricher toutes les forêts pour les mettre en culture, leur superficie ne cesse de toute façon de progresser en France. Il s’agit de comprendre que les paysans, dès lors qu’ils mettent en oeuvre des pratiques durables, sont aussi pour nous les meilleurs garants de la lutte contre le changement climatique.

Que se passera-t-il si nous décourageons nos agriculteurs ? S’ils quittent les campagnes les uns après les autres ? Vers quelle société nous acheminonsnous, alors que l’équivalent d’un département de bonnes terres est déjà perdu tous les dix ans par l’extension de l’habitat et des réseaux ? Nous faudra-t-il demain compter sur les Chinois, les Argentins et les Camerounais pour nous nourrir ?

Nous devons abandonner notre vision fausse et passéiste d’une nature qui existerait indépendamment de l’homme et faire enfin confiance à ceux qui la connaissent, l’aménagent et en tirent le meilleur. Pour notre plus grand plaisir : les paysages. Notre santé : la nourriture. Mais aussi notre salut : un développement durable aussi soucieux de la planète que de ceux qui l’habitent passe d’abord et avant tout par le respect de nos paysans.


Réaction de Benoît Piétrement, président de la FDSEA de la Marne : "Des positions que nous défendons tous les jours !"

Benoît Piétrement,
président de la FDSEA de
la Marne : "Des positions
que nous défendons tous
les jours !"
"Les positions de Sylvie Brunel sur l’agriculture ne sont pas une surprise puisqu’elle nous avait fait le plaisir d’accepter notre invitation à la conférence FDSEA Crédit Agricole de la dernière Foire de Châlons-en-Champagne. Toutes les personnes qui y ont assisté ont trouvé dommage que de tels propos ne soient pas plus médiatisés.

Ce qui semble évoluer depuis quelques semaines c’est que des articles, des propos plus sensés et réalistes et en tout cas des positions de scientifiques ou de journalistes nettement plus favorables pour les agriculteurs passent régulièrement dans la presse.

C’est certain que la situation de crise que nous traversons y est pour beaucoup et que les citoyens y sont sensibles, c’est humain. Et puis il y a eu tellement (et il y a encore tellement) de reportages et de communication en faveur d’une agriculture ou d’une société idéalisée où la protection de l’environnement devait être la priorité absolue, qu’il est normal que l’on revienne à un peu de bon sens.

Les positions de Sylvie Brunel sur l’alimentation, l’environnement, le développement durable sont évidemment celles que nous défendons tous les jours à la FDSEA. Et sa plaidoirie très forte pour nous défendre et réfuter toutes les accusations dont font preuves nos détracteurs fait évidemment chaud au coeur. Il faut malgré tout que nous fassions attention de ne pas tomber dans l’excès inverse.

La "victimisation" a bien sûr un effet sympathique sur le moment mais il ne faut pas que nous tombions dans ce piège du "plus personne ne nous aime". L’image de l’agriculture reste positive quand elle est associée à la notion de terroir.

C’est bien, mais il faut que les Français comprennent aussi le poids économique fondamental de notre profession et qu’il ne suffit pas de regarder les papillons et d’attendre la pluie ou le beau temps pour produire.

Enfin, et c’est sans doute le plus intéressant, ce genre d’articles, si nous avions la chance qu’ils se répètent, peut influer sur l’opinion publique et donc de ce fait sur les décisions de nos hommes politiques"
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Bernard Jesson,
vice-président de la
FDSEA de la Marne et
responsable du Groupe
Communication :
"L’agriculture doit rester
une priorité pour tous"
Réaction de Bernard Jesson, vice-président de la FDSEA de la Marne et responsable du Groupe Communication : "L’agriculture doit rester une priorité pour tous"


"Tout d’abord merci, je crois que l’on peut féliciter Mme Brunel. Car si cet article avait été écrit par un responsable professionnel, serait-il passé dans "Le Monde"? J’en retiens deux messages. Le premier est que OUI l’agriculture est et doit rester une priorité pour tous.

À l’heure de ce salon de l’agriculture 2010, le monde paysan est plébiscité à plus de 90% d’opinion favorable. Nous devons continuer à nous battre sur tous les fronts pour défendre cette idée.

C’est ce que fait notre FDSEA : rencontre avec les élus, discussion franche avec les partenaires du monde rural sans oublier les négociations âpres avec les représentants de l’État. Au plus haut niveau, l’on dit nous soutenir, mais la réalité est toute autre. Notre agriculture a évolué et continue de le faire grâce à la recherche et aux essais.

Oui donc à une agriculture écologiquement intensive qui permettra de maintenir des hommes sur tous les territoires mais à la condition d’être rémunéré à la hauteur de leur travail. En deuxième lieu, c’est que nous devons, chacun à notre niveau, maintenir le contact avec nos concitoyens, expliquer nos pratiques.

En tant que chargé de la communication je suis de plus en plus convaincu de cette nécessité. Un fossé existe entre ce que pensent les urbains de nos pratiques et de ce que nous faisons réellement. Pour avoir participé aux Campagnes à la ville de Châlons-en-Champagne et de Reims je ne peux que le constater.

Nous devons continuer d’affirmer haut et fort que l’agriculture approvisionne nos concitoyens en qualité et en quantité avec des produits variés tout en préservant les éléments naturels. De plus, de part ses agro-industries, elle participe au maintien de milliers d’emplois dans notre département.

Je compte sur vous tous pour le répéter autour de vous et sur les responsables de nos OPA pour que la cellule de communication marnaise, qui vient de voir le jour, devienne un réel succès"
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